Par Sol Castagnino, Assistante en gestion de projet

En tant que réseau, Forus bénéficie d'une gouvernance exceptionnellement diversifiée.  Les membres du Conseil de Forus viennent de 15 pays différents, chacun apportant son expérience et ses perspectives uniques. En avril, Forus a célébré son Assemblée générale dans un format virtuel et a élu le nouveau Conseil pour 2021-2023. Félicitations à tous les nouveaux membres ! 

La dernière fois que le Conseil a pu se réunir en personne était en octobre 2019, puis la pandémie de Covid est arrivée, stoppant ainsi toutes les opportunités de voyage. Depuis, le Conseil a continué à se réunir en ligne chaque semestre. Le jeudi 11 mars 2021, Forus a organisé un webinaire sur le thème "Gouverner un réseau", auquel environs 68 participants de 28 membres de Forus, venant du monde entier, ont participé. Ce fut une occasion unique pour les PDG/directeurs, présidents et autres représentants des conseils d'administration des plateformes nationales d'ONG et des coalitions régionales de se rencontrer et de partager leurs expériences. Cela a conduit à une réflexion collective sur les réalités du travail au sein des ONG dans un contexte particulièrement troublé, qui s'est concentrée sur cinq des priorités actuelles de notre réseau.


Travailler dans la transparence et la responsabilité

Mme Naila Farouky (Présidente du réseau WINGS (Worldwide initiative for Grantmaker support) et PDG du Forum des fondations arabes), l'oratrice principale de l'événement, a parlé avec passion de ses expériences et de ses défis en tant que membre d'un conseil d'administration. [Vous pouvez trouver son discours d'ouverture sur Youtube.] 

Elle a souligné le poids de l'environnement socio-politique sur les activités des ONG dans le monde arabe. Les concepts de responsabilité et de transparence sont compris différemment selon les contextes, et dans certains cas, pour les organisations philanthropiques, "le manque de transparence n'est pas dû à des raisons néfastes mais est en fait un mode de survie permettant à l'entité de faire le bien". Dans des situations comme celles-ci, où les gouvernements attendent des ONG qu'elles soient très transparentes, au risque de les censurer ou d'exposer les défenseurs des droits humains qui travaillent sur des sujets sensibles, nous devons nous interroger sur la manière dont la responsabilité et la transparence sont pratiquées afin de reconnaître leurs différentes modalités.


Aborder la question du bien-être du personnel

Mme Naila Farouky a également discuté de la manière dont les organes de gouvernance abordent la question du bien-être, et comment le contexte de la pandémie de Covid-19 l'a rendue, en tant que membre du conseil d'administration, plus consciente des questions liées au bien-être physique et mental de ses collègues. Elle a souligné que les relations de gouvernance évoluent, et qu'il est devenu crucial de prendre en compte ces nouveaux éléments. Elle a expliqué : "Je pense qu'il est important d'appliquer ces précieux principes de responsabilité et de transparence à la manière dont nous nous comportons les uns avec les autres, sur le plan professionnel, mais aussi personnel." 


Promouvoir l'inclusivité et la diversité 

En petits groupes, les participants au webinaire ont discuté de questions importantes pour les organes de gouvernance des ONG : des questions liées à la diversité culturelle et aux spécificités dues à l'âge et aux transitions générationnelles, à la langue (surtout dans les pays multilingues) et à la représentation des minorités (ethniques, indigènes...). JANIC - Japan NGO Center for International Cooperation (plateforme nationale au Japon) a discuté du fossé d'âge existant dans les ONG entre les anciennes générations et les jeunes militants qui les ont rejointes ces dernières années, tandis que NFN - NGO Federation of Nepal (plateforme nationale au Népal) a souligné les difficultés liées à la présence de diverses communautés, religions et langues dans un même pays. Pour répondre à ces défis, de nouveaux modèles de travail sont testés, comme le modèle de coprésidence utilisé au sein du conseil d'administration de Cooperation Canada (plateforme nationale au Canada), qui permet de répartir les relations de manière plus équilibrée entre les différents représentants et donc de manière plus horizontale.

Sam Worthington (vice-président de Forus et PDG d'Interaction, plateforme nationale aux États-Unis) a souligné que siéger au conseil d'administration d'une ONG est le rôle de leadership le plus important que l'on puisse avoir : c'est complexe, et cela peut être frustrant, cela exige d'être prêt à être inclusif, à faire entendre des voix différentes, d'être prêt à être participatif, de créer une organisation plus équitable non seulement à l'extérieur mais aussi en son sein, et de gouverner en établissant la confiance.


Renforcer les rôles politiques du Conseil 

De nombreux participants ont réfléchi aux tensions croissantes existant entre les ONG et les gouvernements dans une réalité plus restrictive caractérisée par une réduction ou un manque de financement de l'État, un rétrécissement de l'espace civique et les dangers associés aux États autoritaires. Abong - Associação Brasileira de ONGs (plateforme nationale au Brésil), CONGCOOP - Coordinación de ONG y Cooperativas (plateforme nationale au Guatemala) et CNONGD - Conseil National des ONGD de Développement (plateforme nationale en République démocratique du Congo) ont réfléchi sur la façon dont la pandémie de COVID-19 a fait naître des tensions entre les gouvernements et les OSC en raison de leurs différents intérêts et approches. A ce sujet, la Taiwan Alliance in International Development (plateforme nationale de Taïwan) a expliqué : "Le gouvernement pense de manière politique alors que les ONG pensent en termes de droits humains".  Cela soulève la question de la nécessité d'un rôle plus politique des membres du Conseil. Les contextes restrictifs et le ciblage de la société civile requièrent le leadership stratégique et l'expérience des membres du Conseil, en matière de positionnement politique, d'engagement et de communication. 


Transférer les activités du Conseil en ligne 

La Covid-19 a également profondément affecté le mode de fonctionnement des Conseils, entraînant la nécessité de s'adapter à une nouvelle réalité virtuelle, même si les membres n'ont pas toujours accès à l'électricité ou à l'internet, et la nécessité de développer une nouvelle façon de voter et de prendre des décisions importantes, ainsi qu'une nouvelle façon d'apporter un soutien en temps de crise. La PFNOSCM - Plateforme Nationale des Organisations de la Société Civile de Madagascar a expliqué combien il était difficile de "faire circuler l'information dans un pays où seulement moins de 10% de la population a accès à l'électricité et où la connexion internet n'est pas toujours fluide”. Ceci a amené le SPONG - Secrétariat Permanent des ONG du Burkina Faso (Plateforme nationale au Burkina Faso), la FONGTO - Fédération des Organisations Non-Gouvernementales au Togo (Plateforme nationale au Togo) et d'autres membres à discuter des différences existantes d’accès aux moyens technologiques et de communication entre les membres.


En conclusion, il ressort de ce webinaire que nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres en partageant nos connaissances, nos défis et nos perspectives culturelles en matière de gouvernance. C'était le premier événement de ce type organisé par le réseau et il s'est avéré être un succès et d'un grand intérêt pour nos membres. Nous espérons pouvoir offrir à nouveau un espace pour ces conversations importantes afin de promouvoir encore plus les échanges et l'apprentissage entre pairs à l'avenir.