Par Deirdre de Burca, coordinatrice du plaidoyer de Forus 

Les membres de Forus ayant participé au Forum politique de Haut Niveau de l’ONU (FPHN) à New York début juillet ressentent le besoin urgent de réformer l’organisation et les fonctions du forum. L’année dernière, 47 États membres de l’ONU ont présenté leurs Examens nationaux volontaires (ENV) lors du FPHN. Comme les années précédentes, les OSC présentes à New York ont passé le plus clair de leur temps à la marge du FPHN, soit dans des événements parallèles non-officiels ou bien dans d’autres rassemblements organisés par et pour la société civile. 


Plusieurs OSC ayant participé à différentes éditions du FPHN, il est à présent plus aisé pour elles d’identifier les problèmes récurrents et les inquiétudes persistantes quant au mandat et au fonctionnement actuels du Forum. La société civile reproche souvent au FPHN d’être mené par les États et de se concentrer essentiellement sur eux. Le rôle de la société civile et des autres parties prenantes clés dans le cadre du FPHN est actuellement très limité, malgré l’engagement clair de l’Agenda 2030 en faveur d’une approche multipartite de son suivi et de sa mise en œuvre. La plupart des délégations du FPHN ne comprend aucun représentant d’OSC. Lorsque c’est le cas, ceux-ci bénéficient d’environ deux minutes pour commenter en public les ENV présentés par les gouvernements. Les rapports alternatifs de qualité de plus en plus nombreux produits par les OSC en parallèle des ENV ne bénéficient d’aucun statut officiel dans le cadre du FPHN et ne peuvent que très rarement être téléchargés sur le site de l’ONU. 


La publication annuelle d’une « Déclaration interministérielle » est l’un des principales résultats du FPHN. On y retrouve quelques-unes des problématiques et des priorités actuelles identifiées par les États membres en ce qui concerne le suivi et la mise en œuvre du Programme de développement durable à l'horizon 2030. Malheureusement, la société civile est d’autres parties prenantes n’ont pas l’opportunité de contribuer à cette Déclaration et réagissent en général à cette dernière en publiant leur propre réponse officielle, dépourvue de tout statut officiel. Fort heureusement, les États membres de l’ONU se sont engagés à réaliser une évaluation officielle du FPHN qui débutera lors de l’Assemblée générale des Nations unies de septembre 2019. Lors des prochaines années, Forus et la société civile dans son ensemble devront se lancer dans des actions intensives de plaidoyer visant les gouvernements et d’autres acteurs clés. Nous devrons nous assurer que cette évaluation planifiée aille au-delà d’une réflexion en surface et qu’une série de propositions de réformes et de changements politiques du FPHN, à la fois fondamentaux et nécessaires, soient développés et mis en œuvre dans les prochaines années. 


Lorsque les États membres de l’ONU commenceront le processus d’évaluation du FPHN en septembre 2019, l’accent devra être mis sur tous les niveaux, afin d’inclure le niveau national, régional et international du cycle du FPHN. Cela impliquera, pour les États membres, de revoir :  


1) les processus d’Examen national volontaire ;  

2) les processus d’évaluation par les pairs au niveau régional, qui ont lieu par le biais des Forums de développement régional de l’ONU, et  

3) le système annuel mondial d’évaluation par les pairs du FPHN qui a lieu à New York tous les ans au mois de juillet. 

 
Bien que tous les niveaux du cycle du FPHN soient importants, il conviendra de porter une attention particulière au processus d’ENV, afin de s’assurer que le niveau national et le niveau local puissent se le réapproprier. En gardant cet objectif à l’esprit, il devrait être demandé aux gouvernements de soumettre des versions préliminaires des ENV au débat et au vote devant leurs Parlements et les forums multipartites de développement durable avant de les présenter au niveau international au sein du FPHN. 


Au niveau régional, la société civile doit être suffisamment dotée, afin de s’organiser au-delà des frontières nationales et sous-régionales. Des financements multi-annuels devraient être fournis afin de doter les secrétariats permanents des Mécanismes régionaux de mobilisation des organisations de la société civile (MRMOSC) en cours de création dans chaque région du monde. Des fonds devraient également être débloqués au titre de l’objectif 17 de l’Agenda 2030, qui prévoit le développement des capacités des OSC au niveau régional. Afin de promouvoir un suivi et une mise en œuvre plus efficaces de l’Agenda 2030 dans chaque région, des plateformes régionales d’échange et d’apprentissage impliquant diverses parties prenantes devraient être créés. 
Au niveau mondial, le FPHN devrait créer un « Forum de la société civile » similaire à son « Forum financier », déjà existant, dans le cadre duquel les OSC pourraient se réunir afin de débattre des problématiques et se mettre d’accord sur des positions en lien avec le suivi et la mise en œuvre de l’Agenda 2030. L’ONU devrait accorder aux rapports alternatifs relatifs aux ENV des OSC le même statut officiel, et un site Internet rattaché à celui de l’ONU devrait être dédié à ces rapports alternatifs et permettre leur téléchargement. 


La version préliminaire de la Déclaration interministérielle adoptée à l’issue de chaque FPHN devrait être beaucoup plus tournée vers l’action et être partagée avec les autres parties prenantes en amont de sa publication. Ces parties prenantes devraient avoir le droit de demander que certaines parties de la Déclaration soient modifiées ou reformulées avant l’adoption définitive du document. Tous les ans, lors du FPHN, l’accent devrait clairement être mis sur l’implication de toutes les parties prenantes pour aider le forum à remplir son mandat, dans le cadre duquel il doit évaluer les progrès en mettant en œuvre l’objectif 17 (Moyens de mise en œuvre) de l’Agenda 2030. Cela devrait inclure, en particulier, les problématiques de financement du développement durable, les partenariats multipartites et le développement des capacités des parties prenantes. Des espaces devraient être créés, au sein du FPHN, pour que des échanges et des apprentissages mutuels aient lieu entre les gouvernements et entre ces derniers et d’autres parties prenantes, notamment la société civile, le secteur privé, les syndicats, le milieu universitaire, etc. 

 
L’évaluation officielle du FPHN par les États membres de l’ONU sera lancée lors de l’Assemblée générale de l’ONU 2019 du 23 au 24 septembre. D’ici là, les membres de Forus et les autres militants de la société civile doivent mener très activement les actions de plaidoyer nécessaires auprès des gouvernements et des autres acteurs clés, notamment l’UE. Ces actions de plaidoyer doivent insister pour que découle de l’évaluation une réforme du FPHN qui permettra une participation bien plus significative et efficace de la société civile dans le suivi et la mise en œuvre de l’Agenda 2030 partout dans le monde.