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écrit par Deirdre de Burca, Coordinatrice plaidoyer de Forus


Le slogan politique « Le pouvoir au peuple » est en train d’essaimer dans de nombreux pays du monde. En Europe et dans le reste du monde, des mouvements sociaux se manifestent et deviennent actifs. Des gens ordinaires descendent dans la rue, expriment leurs préoccupations, appellent à l'action et utilisent différentes formes de protestation afin de tenter de bousculer les modes de pensée et les schémas de comportement traditionnels. Cette analyse approfondie réalisée par Deirdre de Burca, coordinatrice du plaidoyer de Forus, explique pourquoi les ONG devraient engager davantage le dialogue avec les mouvements sociaux.


Les ONG du monde entier réfléchissent actuellement à la meilleure manière de se rapprocher des mouvements sociaux qui sont actifs dans leurs pays et d’engager le dialogue avec eux. Or, nombreux sont ceux qui pensent que les mouvements sociaux considèrent les ONG comme faisant « partie du système » et comme étant non pertinentes pour leurs activités.

Pour cette raison, l'alliance européenne de la société civile « SDG Watch Europe » a récemment organisé une journée de formation pour ses membres nationaux, avec notamment une session intitulée « Se rapprocher des mouvements sociaux et engager le dialogue avec eux ».

J'ai eu le plaisir d'être présente au nom de Forus lors de cette session. Cela m’a permis d’entendre ce que les représentants d’un mouvement social et d’une association de citoyens actifs en Belgique ont à dire sur les possibilités de travailler plus étroitement avec les ONG. Il s’agissait d’Extinction Rebellion (https://www.facebook.com/ExtinctionRebellion/) et de la Plate-forme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés (https://www.bxlrefugees.be/en/qui-sommes-nous/).


La discussion était bien structurée et abordait les questions suivantes  :

  • Quel type de rôle les mouvements sociaux jouent-ils dans la mise en œuvre de la durabilité  ?
  • La durabilité est-elle prise en compte dans leurs stratégies et de quelle manière  ?
  • Quelles sont leurs réussites et quelles sont leurs limites  ?
  • Comment les OSC peuvent-elles engager le dialogue, interagir et s'associer aux mouvements sociaux d'une manière significative et mutuellement bénéfique  ?

L’échange de points de vue entre les deux mouvements sociaux et les ONG présentes a été vaste et extrêmement intéressant. Voici un résumé des éléments clés que j'ai recueillis lors de cet échange :

  • Le travail de nombreux mouvements sociaux promeut la durabilité dans toutes ses dimensions : sociale, environnementale, économique et de gouvernance. Ces mouvements veulent jouer un rôle en aidant à promouvoir un basculement planétaire massif vers un avenir plus durable (par exemple, Extinction Rebellion se concentre sur l'urgence climatique qui pèse sur l'humanité, et la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés apporte son aide aux réfugiés fuyant les crises liées au changement climatique et aux conflits dans leurs pays).
  • Les mouvements sociaux reconnaissent que leur agilité, leur flexibilité et leur réactivité sont essentielles à leur réussite. Ils reconnaissent également qu'un niveau beaucoup plus élevé de formalités et même de « bureaucratie » s'applique au fonctionnement et au processus décisionnel des ONG. Les mouvements sociaux ne souhaitent pas collaborer plus étroitement avec les ONG si cela risque de compromettre leur flexibilité et leur rapidité d'action et d’intervention.
  • Extinction Rebellion et d’autres mouvements sociaux s’engagent dans différentes formes de désobéissance civile dans le cadre de campagnes disruptives liées à la sensibilisation du public et aux pressions exercées sur les systèmes politiques. Ils reconnaissent qu'il est interdit à de nombreuses ONG de se livrer à des actes de désobéissance civile en raison des conditions qu’elles sont tenues de respecter vis-à-vis de leurs bailleurs de fonds et de leurs financements.
  • Les mouvements sociaux estiment qu'il existe de nombreuses manières dont les ONG pourraient soutenir davantage leurs actions et leurs campagnes. Les mouvements sociaux estiment également qu’ils pourraient tirer parti d’un partage de certaines des ressources des ONG avec eux, notamment en termes de salles de réunion, d’équipements techniques, de financements et d’expertise.
  • Les mouvements sociaux considèrent que la pression exercée par leurs campagnes et actions de perturbation sur les politiciens crée par la suite un « espace » plus important permettant au travail d’action politique et de plaidoyer des ONG visant les systèmes politiques d’être plus efficace.
  • Les mouvements sociaux sont moins susceptibles d'approcher les ONG sur la possibilité d'une collaboration plus étroite que l'inverse. Les ONG sont donc mieux placées pour approcher les mouvements sociaux et entamer des discussions sur les possibilités d'une plus grande coopération.


En résumé, une collaboration plus étroite entre les ONG et les mouvements sociaux pourrait être très bénéfique pour tous. Les ONG sont susceptibles de bénéficier d’une crédibilité et d’une légitimité accrues si elles travaillent aux côtés des mouvements sociaux de base. Par ailleurs, les mouvements sociaux auraient intérêt à avoir accès, par l’intermédiaire des ONG, à des actifs qu’ils ne possèdent pas, tels que des espaces de réunion, des équipements techniques, des financements, ainsi qu’en matière de politiques et d’expertise technique.

Les ONG peuvent avoir besoin de prendre contact avec les mouvements sociaux afin de discuter du type de collaboration qu’il est possible de mettre en place. Il importera que les deux acteurs gardent à l’esprit que leurs rôles doivent être complémentaires et fondés sur un profond respect de leurs différences respectives.

Si les ONG peuvent soutenir les campagnes et les actions des mouvements sociaux sans essayer de les contrôler, il est probable que des avantages importants en découleront. Outre une légitimité et une crédibilité publiques accrues pour les ONG, ces avantages iront également dans le sens d’une plus grande ouverture des systèmes politiques vis-à-vis d’une coopération avec les activités de politiques et de plaidoyer des ONG.